Elle dormait là depuis près de 4000 ans. Jeudi dernier, les archéologues ont mis au jour le squelette d’une femme sur la colline du Lessus, à Saint-Triphon. Les ornements retrouvés (boucle d’oreille et épingle) laissent à penser que la sépulture pourrait remonter à l’âge du bronze ancien. Plus précisément entre 2000 et 1800 av. J.-C., estime Carine Wagner, de la section de l’archéologie cantonale.
La découverte faite à l’occasion de travaux de terrassement n’a rien d’anodin. Les ossements d’un fœtus ont été retrouvés au niveau du bassin de la femme. C’est Le Nouvelliste qui a révélé mardi cette information, avançant l’hypothèse d’un décès en couche. Une interprétation que Carine Wagner juge hâtive: «A l’heure actuelle, il n’y a aucun moyen de prouver ce scénario. Un morceau de crâne du bébé se trouvait effectivement sur le bassin de l’adulte, mais on ne sait pas s’il se trouvait encore dans l’utérus ou s’il a été déposé après la mort de la mère. Un anthropologue devra examiner les os pour tenter de déterminer si l’enfant était à terme ou non.»
Les pratiques quant à l’inhumation des bébés varient énormément, ajoute l’archéologue. «A l’époque romaine ou à l’âge du fer, on trouve par exemple des fœtus enterrés dans des habitats. On peut difficilement établir de règle en la matière.»
Hache et poignard
La tombe est apparue sur le terrain de Vincent Rossier, situé à un jet de pierre du Jardin botanique de Saint-Triphon. Le Boyard y construit actuellement une villa. Pour lui, la découverte n’a rien d’une surprise. «Il y a quelques dizaines d’années (ndlr: en 1971 ), une autre tombe avait été découverte sous la parcelle voisine.» Une hache, une épingle et un poignard avaient été retrouvés.
La preuve de la richesse du Lessus n’est d’ailleurs plus à faire. La colline intéresse les archéologues depuis des décennies. L’exploitation des carrières de marbre noir a permis la mise au jour de très nombreux vestiges. «Le site est habité au moins depuis le néolithique, signale Gilbert Kaenel, conservateur du Musée cantonal d’archéologie. Et on trouve des traces d’occupation à toutes les périodes: âge du bronze, âge du fer, époque romaine, Moyen Age…»
Le Lausannois se refuse toutefois à parler d’une présence humaine ininterrompue: «Vu de loin, on a l’impression d’une continuité, mais il peut y avoir des «trous» de plusieurs siècles.» Ce qui fait la particularité du lieu? Sa position dominante sur la plaine du Rhône et sa situation le long d’un axe routier important, détaille Carine Wagner.
Saint-Triphon n’a sans doute pas livré tous ses trésors. «Ce site a un gros potentiel, notamment sur le plateau du Lessus et aux environs du village», souligne l’archéologue. «Et il y a encore des choses à découvrir sur la colline de Charpigny, au sud de la localité», ajoute Gilbert Kaenel.
(source : http://www.24heures.ch/ )