Gavrinis : une pirogue pour transporter les mégalithes ?
mai 17, 2008 par associationart
Les mégalithes du golfe du Morbihan ont pu être transportés sur des pirogues. Pour soutenir cette thèse, des archéologues en construisent une, sur l’île de Gavrinis, avec des outils préhistoriques.
Ils ne sont pas vêtus de peaux de bête, mais leur hache et leur herminette, ainsi que leur manière d’allumer le feu, sont identiques à celles qu’utilisaient les hommes préhistoriques voilà 6 000 ans. Archéologues ayant déjà mené des expériences sur les mégalithes, notamment dans le pays de Redon, Cyrille Chaigneau et Philippe Guillonnet travaillent actuellement au pied du tumulus de l’île de Gavrinis, dans le golfe du Morbihan, à la construction d’une pirogue longue de 8 m.
Directement creusée dans le tronc d’un pin sylvestre, durant trente jours répartis entre mai et octobre devant le public , l’embarcation est réalisée à l’identique de celle qui aurait pu transporter les menhirs et stèles sculptées, depuis le continent jusqu’aux îles d’Er Lannic et Gavrinis, pour constituer un cromlech et un cairn.
Des blocs de 300 tonnes
« La préhistoire est une période qui ne parle pas tout de suite au grand public comme par exemple le Moyen Âge avec ses châteaux forts. Il nous faut donc apporter aux visiteurs des animations qui permettent de mieux comprendre la vie à cette époque. C’est aussi l’occasion d’essayer de comprendre comment ces blocs granitiques de 300 tonnes ont pu être déplacés sur plusieurs dizaines de kilomètres jusque sur ces îles, même si, 4 000 ans avant J.-C., le niveau de la mer était inférieur de 10 m », explique Yves Bellenfant, responsable du site de Gavrinis géré par le conseil général du Morbihan.
« Jamais je n’aurais imaginé que nos ancêtres travaillaient de cette manière. En nous faisant participer à cette réalisation, nous nous imprégnons de leurs gestes et méthodes », constate Vincent, venu en touriste depuis Boulogne (Pas-de-Calais). Pour les deux archéologues, « au-delà de cette animation, nous sommes dans une vraie démarche scientifique. Car l’archéologie expérimentale est un moyen de mieux connaître, non seulement la technique des outils préhistoriques, mais surtout leur environnement. Avec cette construction, nous faisons participer les visiteurs à notre problématique de recherche et nous gérons nos incertitudes. »
Car jusqu’à présent seules ont été retrouvées ou reconstituées des pirogues préhistoriques ayant navigué en eau douce. « Nous confrontons nos hypothèses intellectuelles à la réalité du terrain. Notre finalité est de travailler sur le transport des mégalithes par flottage en eau de mer. » Avec l’espoir de transporter un menhir sur cette pirogue à l’occasion de la Semaine du Golfe, en mai 2009.
-source : Ouest France.fr du 6 mai 2008-